C’est ici mon premier article car il faut bien un début à tout, et parce qu’en ces temps étranges, les échanges nous manquent alors que les questions fusent.
C’est un début d’année, pas comme les autres alors que nous vivons tous nos premières expériences de confinement, nous, nos parents, nos enfants.

Je parlerai dans cette section MOOD de ce qui est important pour moi dans mon processus de création, mais aussi de sujets qui me tiennent à coeur et qui constituent en grande partie mon regard sur le monde en tant qu’artiste.
Il sera le lieu et l’occasion de me présenter, un peu plus précisément. Mon travail est le reflet de mon parcours dont je vous livrerai quelques détails. C’est le début d’une mise à plat de tout ce qui m’a porté, des personnes qui me soutiennent, le début de la moitié de la vie peut-être?

Depuis plusieurs années, en parallèle de mon travail de création, j’ai décidé de transmettre mon savoir faire du travail sur soie lors de nombreux ateliers en France mais aussi en Belgique et en Suisse.
Lors de ces moments d’échange il m’arrive souvent de faire face à cette question :

Tu as commencé comment?

Il m’est toujours difficile d’y répondre aussi globalement. Car mon parcours est le résultat d’un tout.
D’une naissance, d’une éducation, des rencontres, des choix d’études, puis de la vie de famille qui me permet encore aujourd’hui de continuer à créer.
Il s’agit surtout d’une nécessité.
J’ai eu la chance d’être poussée vers la création étant jeune et d’oser aller passer des concours d’entrée.
J’ai passé 6 ans à l’école Duperré et y me suis fait des amis pour la vie, mais aussi un réseau solide de personnes fortes et singulières. Je découvre aujourd’hui (20 ans plus tard) une loyauté et un respect immense des personnes auprès desquelles j’ai grandit pendant ces années de construction de jeune adulte créatif. Je suis très reconnaissante aujourd’hui de cette force quelle constitue.

Après l’école Duperré j’ai travaillé dans un studio de création textile spécialisé en linge de maison de luxe. Une formation à la réalité du métier dans l’entreprise.
Mon désir de liberté a été plus fort que l’appel d’un contrat à durée indéterminée et j’ai vite dit oui au voyage. Une année en Australie (où y réside une partie de ma famille), un passage en Inde (ayant grandit dans des influences ayurvédiques), quelques uns au Japon (pays d’inspiration qui constitue aussi une partie de ma constellation familiale), puis un retour à Paris où je retrouve des lieux, une lumière, mon vélo et des personnes extraordinaires.
Ces années de voyages, de rencontres, d’adaptation sont des éléments fondateurs tant dans l’inspiration artistique que dans des inspirations de choix de vie.

A mon retour à Paris, nous nous lions d’amitié avec Adeline Klam et partageons la construction de son entreprise comme une aventure excitante et palpitante.
Je décide en parallèle de reprendre mes études via le CNED pour obtenir un diplôme d’enseignant de français pour les étrangers.
Lorsque Adeline lance enfin son entreprise, mon diplôme FLE en poche, je me tourne vers des lieux d’enseignement pour un public migrant, primo-arrivant, des centres d’animations de la Ville de Paris.
Pendant 5 ans, je travaille alors d’une part des créations pour des visuels de théâtre, supports de communication, motifs textile freelance, et d’autre part pour des groupes d’étrangers dans le besoin et la nécessité d’apprendre notre langue.

De ces années intenses j’en tire une énergie fondatrice. Il m’était impossible de faire l’un sans l’autre. La connexion au réel, à la vie des gens, aux histoires personnelles de migrations me permettaient d’avancer dans ma création sans perdre de vue la réalité de notre monde. Ces rendez-vous hebdomadaires étaient un voyage et aussi un moteur pour créer des cours de plus en plus intéressants, de plus en plus originaux.
Mes facultés de dessin et de communication m’ont beaucoup aidée.
Je les ai ensuite mises à profit des ateliers d’arts plastiques pour les enfants pendant les années qui ont suivi. La création libre et cadrée. L’impulsion de l’enfant qui ne se pose pas de questions mais qui, par certaines fulgurances associe des éléments surprenants, renouvelant sans cesse mon regard sur le monde.

A la naissance de ma première fille j’ai levé le pied sur les cours. Un peu. J’ai puisé en moi l’envie d’accentuer ma création. A la naissance de ma deuxième fille j’ai fait le choix de m’y consacrer entièrement.
L’apprentissage pro de la teinture végétale a été déclencheur dans mon travail de la couleur. Une formation au GRETA inoubliable qui m’a permise de me remettre toute entière dans la recherche. Les bains de couleurs, les différences de fibre, les nuances, les cadeaux de la nature, la transformation. J’y ai rencontré des personnalités uniques, du monde du spectacle, de la scénographie, du costume, des liens encore une fois internationaux qui ne me quittent pas encore aujourd’hui alors que les réseaux nous permettent de garder ce lien.

Drôlement, la soie s’est imposée. La teinture végétale monte dans cette fibre avec une intensité folle. L’émotion colorée m’avait envahie, émue, décidée.
J’ai alors cherché. Comment obtenir des unis, comment dompter les différentes textures de soie, satin, twill, crêpe… Mon amie Jeanne Goutelle me prête une partie de son atelier pour expérimenter, m’étaler, faire sécher. Ensemble nous fouillons les possibilités de la couleur, moi sur soie, elle sur bois.
Au bout de quelques mois, l’observation de tous ces unis me comble de joie, me donne une gamme.
Comme un clavier de piano, les accords étaient là. C’est très naturellement que le motif a surgit. Pour y apporter cette vibration, ce langage que j’ai étudié à Duperré mais aussi pratiqué lors de mes observations de voyage, dans mes carnets, mes photos, les objets que j’ai pu ramener.
J’ai alors dessiné, puis peint, sur la soie, simplement.
Je ne me suis plus arrêtée.

C’était le début de La Récolte de Sokina Guillemot. Ce début là c’était en 2014.
Un nom qui fait résonner le temps de la création, son processus qui n’est pas linéaire.
Au début il y a une fibre, intérieure. Puis cette fibre se cultive, se travaille, depuis l’enfance.
Elle se tisse et se colore par la vie et les années qui lui sont consacrées. Les études, les expériences professionnelles, les risques pris par le choix d’une vie artistique façonnent mon regard, décide de mes outils.
Je n’ai jamais cessé de varier mes supports mais la soie a été un révélateur pour moi.
J’en parlerai dans un article consacré.
Ma troisième fille est arrivée dans les starting blocks d’une période richement créative.

A celles et ceux qui me demandent souvent quel était le début de ma vie de création, je pense qu’elle a toujours été là.
Elle a été arrosée, encouragée, puis travaillée comme une terre. Par saison, par passion, à corps perdu.
Le début de la création artistique c’est le risque que l’on prend à s’y jeter entièrement.
Il y a le début des recherches, le début des doutes, le début des envies et des rejets.
Des décisions et des certitudes.
Et puis il y a le début de la JOIE, de la légèreté, du travail continu et sans autre possibilité que d’avancer.

Bon début d’année à toutes et tous, dans la joie de la création.

Sokina